Si j’ai décidé de faire cette randonnée à des fins agréables, je voulais également démontrer et prouver que ce que j’affirme dans différents articles de ce blog, Khremly est capable de l’effectuer sur de très longs trajets, en mode rando, sans protections aucunes, et  que cette fameuse loi biomécanique F=M x Ac a toute son importance dans la gestion du pied du cheval.

J’ai donc défini le trajet qui va nous mener d’Ardin (79) à Nuillé sur Vicoin (53), ce qui va représenter un tracé d’environ 300km.

Il y aura 8 étapes de 35 à 40 km de moyenne. La sellerie, plus le paquetage, pèsent 35kg, plus mon propre poids, ce qui fait que Khremly aura 110kg à porter pendant ces 300km (je vous laisse deviner le poids du cavalier !).

départ rando Les bêtes avant le départ

 

M’étant mis marchand de sardines la veille de Pâques, je dois dire un grand merci aux différentes personnes (qui se reconnaitront) d’équiliiberté 79 et 49 : sans leur aide précieuse cette rando aurait été beaucoup plus problématique, tant pour le tracé que pour l’hébergement.

En ce qui concerne le tracé, parti d’Ardin j’ai rejoins la vallée du Thouet via Verruyes puis Parthenay pour le suivre jusqu’à sa confluence avec la Loire à Saumur, puis remontée de celle-ci sur 70km, traversée en van pour prendre le halage de la Mayenne à Ménil et finir à Nuillé sur Vicoin. Ce passage a été rendu possible grâce à la gentillesse et disponibilité de Louis et Danièle qui nous ont également offert l’hospitalité à l’arrivée.

Mon hébergement fut du plus sommaire (2 nuits sous tarp) au plus luxueux (chambre d’hôtes) en passant par l’accueil chez l’habitant, ce qui a rendu les rencontres diverses, variées et toutes fort agréables.

Khremly a eu un pré toutes les nuits à sa disposition, avec du foin et souvent un complément.

Nous avons eu ½ journée de pluie, sinon que du beau temps.

 Pieds parés 2 jours plus tôt :

antérieur gauche avant le départ

ant G solaire avant

 

 posterieur droit avant le départ

post D profil avant                     

  

post D solaire avant

 

 

 

Nous voilà partis le lundi 19 août vers 9 heures avec Khremly pieds nus (les boots gloves sur les sacoches). Je savais les deux premières étapes difficiles au niveau des sols, beaucoup de pierres et beaucoup de variations topographiques, avec des sols secs et durs.

Khremly a engrangé les 40km de la première journée sans coup férir et s’est moqué des différentes natures de sol.

Nous sommes repartis le lendemain, toujours pieds nus, direction Gourgé. A la pause de la mi-journée, j’ai décidé de mettre les gloves aux antérieurs, et ce jusqu’à la fin du périple. Pourquoi me direz-vous ? Est-il sensible ? A-t-il mal aux pieds ? L’usure pointe-t-elle le bout de son nez ? Non, rien de tout ça, et c’est même tout le contraire, Khremly est tellement à l’aise que je suis convaincu que ces 300km ne vont lui poser aucuns problèmes. Alors pourquoi ?

Pour pouvoir comparer, sur un même individu, les effets de contraintes sur des pieds chaussés (protégés) et des pieds nus. C’est délibérément que j’ai choisi de « protéger » les antérieurs,  sachant que ce sont les postérieurs qui sont soumis aux plus fortes contraintes. Certes, je savais qu’en agissant ainsi je perturbais son équilibre et modifiais sa base de sustentation mais je voulais pouvoir faire cette comparaison afin d’en tirer des conclusions.

Cette deuxième étape de 42km s’est donc terminée avec les gloves aux antérieurs et pieds nus aux postérieurs. Franchement, je n’ai noté aucuns changements de locomotion de la part de Khremly. Au soir de ses 82km, je n’ai pas eu à intervenir sur les pieds, si ce n’est un léger éclat sur un antérieur, mais il faut dire qu’il s’était abîmé un quartier dans la semaine précédent le départ.

A présent, suite à ces deux journées de marche, je commence à voir un changement : les heures de travail façonnent et modèlent ses pieds, tout devient rond et poli, les talons que je pensais pourtant bien bas s’abaissent encore et montrent une surface de contact plus importante. La fourchette s’aplatit elle aussi, est d’une dureté que je n’avais jamais vue à ce jour sur ses pieds.

Cette constatation est visible uniquement sur ses postérieurs. Pour ce qui est des antérieurs (boots), cela bouge également, mais pas de la même façon : le phénomène d’abrasion ne se produit plus étant donné que les boots jouent leur rôle protecteur. On voit plus un « pied d’école » se dessiner avec de jolies structures qui se mettent en évidence, mais déjà l’avalure pointe le bout de son nez, avec seulement 20km de protection (environ 4 heures de travail) sur 82km !!!

Un autre changement important, c’est le comportement de Khremly, lui qui d’habitude est très indépendant, cherche le contact et les caresses !

Les 3 journées qui vont suivre nous mèneront jusqu’à Chassé en longeant en grande partie le Thouet. Les sols seront toujours aussi durs et secs mais beaucoup plus uniformes, le goudron sera largement présent, tant dans la traversée des villes et villages, que sur les pistes cyclables.

Depuis le début du périple, que ce soit chaussé ou non, Khremly choisi où marcher quand cela lui est possible. Il préfère les bas-côtés herbeux quand le sol est caillouteux et le bitume quand il a la possibilité d’aller sur l’herbe : réaction tout à fait normale pour un cheval ayant toutes ses sensations et qui ne me surprend pas du tout.

Quand il marche sur le bitume, lisse et plat, la distorsion est faible, aussi ses pieds sont capables d’encaisser ainsi des heures de marche ; quant aux sols caillouteux qui provoquent des impacts ciblés, il préfère bien évidemment le confort de l’herbe. Je  rappelle  les deux premières journées qu’il a faites en grande majorité pieds nus, sur des sols compliqués qui ne l’ont jamais mis en difficulté ?

La règle d’or à ne jamais déroger est : « ne jamais dépasser la capacité physique de son cheval ».

Toutes ces étapes se font sur un rythme d’à peine 6km/h.

Au soir du 5ième jour, le seul questionnement que j’ai, est : vais-je devoir parer les antérieurs avant la fin du voyage ?

Les deux étapes qui vont suivre nous ferons prendre, en majeure partie, le GR3 pour longer la Loire, jusqu’à Juigné sur Loire. Je pensais qu’elles allaient être assez plates, mais ce ne fut pas le cas car nous montions régulièrement sur les coteaux pour en redescendre aussi souvent ! Ici la nature des sols change quelque peu, avec la présence importante des graviers de Loire, ce qui en soit, n’est pas plus confortable. Mais Khremly n’en a cure et continue son petit bonhomme de chemin sans que jamais je n’aie à sortir la râpe.

A la fin de ces 7 journées de marche, quand le soir je regarde ses pieds, je suis contemplatif et me dit que la nature est quand même bien faite, je suis tout simplement entrain de regarder une œuvre d’art… qui n’est pas façonnée par l’homme de l’art !!! (D’ailleurs en a-t-il les compétences ?)

Il nous reste une dernière étape pour finir notre épopée, celle qui va nous mener à Nuillé sur Vicoin, en empruntant le halage de la Mayenne.

Nous avons traversé la Loire en van pour des raisons d’organisation et de temps.

Le halage est un chemin plat mais assez abrasif, je me suis pour cette dernière journée, délesté de tout mon paquetage et décidé de parcourir les 35 derniers kilomètres à une allure bien supérieure. C’est aux environs des 11-12 km/h que nous avons cheminé mais en prenant tout de même le temps de parler avec quelques pêcheurs et aussi un éclusier lors d’un passage de bateau.

Sur cette dernière étape, Khremly a beaucoup plus usé la pince de ses postérieurs que sur les 260km précédents. Pourquoi ?

Toujours la même formule : F = M x Ac. Si M avait diminuée de 25kg, ce qui aurait du l’avantager, Ac (vitesse au carré) avait « explosée ».

Le fait d’avoir modifié son équilibre en ne chaussant que ses antérieurs, a aussi sa part de responsabilité.

 Ce n’est pas pour autant que Khremly était en difficulté, je dirais même qu’il était en pleine forme (il y avait quelques témoins à l’arrivée). Seulement, si le voyage avait continué, j’aurais du en tenir compte : soit en reprenant mon rythme « rando » ou alors chausser les 4 pieds. Encore une fois, il faut connaître les limites de son cheval et NE JAMAIS LES DEPASSER.

En conclusion, Khremly a encore une fois accompli sa mission, toute nouvelle pour lui, de façon remarquable sans jamais rechigner à la tâche. Je précise que c’est un cheval tout à fait normal, que ce n’est pas un extra terrestre et que je ne possède pas de baguette magique ! Simplement un savoir qui diffère des méthodes traditionnelles voire ancestrales, et une totale remise en question sur la gestion du cheval. Ce qu’il a fait, beaucoup d’autres chevaux en sont capables, à une seule condition, il faut leur en donner les moyens.

Mon questionnement du 5ième jour a trouvé sa réponse au soir du 8ième, c'est-à-dire que j’ai paré les antérieurs de Khremly car l’avalure était d’environ 8 à 10mm ! (devant témoins pour les plus incrédules).

 

 

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antérieur (avec boots) après 10 jours de parage et 8 jours de travail

 

 

 

 

 

 

 

Qui a dit que solliciter un cheval sur des sols abrasifs usait trop la corne ? Des gens qui ne se posent pas les bonnes questions ou plus précisément, celles qui les arrangent ! Sinon, comment s’expliquerait une pousse aussi importante en 10 jours ?

 

 

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postérieur (nu) après 10 jours de parage et 8 jours de travail

 

 

 

 

 

 

 

Qui a dit que la paroi est l’élément principal de support ? Voir réponse ci-dessus. Si tel était le cas, il y a bien longtemps que Khremly serait boiteux ! et probablement aurais-je trouvé des « experts » pour me dire que seule la ferrure pouvait permettre de telles performances !

 

 

IMG_1632 postérieur (nu) après 8 jours de travail, notez la disparition de la forme pyramidale de la fourchette, que les couches supérieurs se sont tassées et compactées pour former une protection : on est en présence d'un pied performant

 

IMG_1633 antérieur (boot) les angulations données lors du parage sont toujours en évidence : protégé, ce pied a gardé les caractéristiques d'un pied type "école". 

 

le pied a la capacité d'évoluer positivement quand il est sollicité correctement et raisonnablement, à l'inverse, l'évolution peut être régressive, voire dégénérative.

 

IMG_1637 Les bêtes à l'arrivée